Course à pied : du manque au dégoût

Si vous me suivez depuis un moment, vous savez que le sport fait partie intégrante de mon code génétique. Depuis toujours, du basket à la course à pied, je ne me rappelle pas avoir pris une réelle pause dans ma vie sportive. Même pendant ma grossesse. Cependant, cette année 2019 a été pleine de surprise comme celle de ne pas accrocher un seul dossard cette année. Retour sur des mois de frustrations mais aussi de repos.

Pourquoi la pause?

En janvier 2019, je me suis accordée ma première et dernière course de l’année. Malgré un joli chrono, la suite n’a pas été sous les mêmes auspices.  Mon problème à moi, c’est mes intestins. Depuis des années, après chaque course, surtout quand j’y vais un peu trop fort, c’est toujours la même chanson. Douleurs abdominales, intenses, parfois me paralysant au lit. Et puis des jours voire des semaines à retrouver un transit normal et correct.

Sauf qu’à partir de janvier, la donne a changé. Les crises ont été un peu plus violentes et ont entraîné une perte de poids supérieure à 10% de mon poids de base. Dans mon cas, perdre 10 kilo en 1 an sans réelle explication est un cas qui peut demander être traité en urgence. Mais comme j’ai toujours eu la forme, j’ai pris mon mal en patience.

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Vous n’êtes pas sans savoir que la course à pied est un sport catégorisé de brûle-graisse. Un sport qui tire sur la couenne comme on dit. J’ai donc, tout naturellement, pris le parti de mettre de côté ma passion au profit du repos et d’une grosse remise en question sur ma pratique.

10 mois après, j’attends toujours et je n’ai pas vraiment repris de poids donc mes running sont toujours au placard. Elles ne m’appellent même plus et tous mes plus beaux shorts ne sont même sortis cet été. Impossible de craner.

Du manque

On me pose souvent la question de savoir si ça me manque ou pas. Le manque est par phases. Au début, je pensais que courir me ferait du bien et puis je déchantais 2 3 jours après. La course était devenue ma première ennemie.

Cependant, comme tout drogue bien dosée et régulière, j’ai connu le manque et la frustration. Et c’est difficile quand tu as battis presque toute ta vie autour de ce sport. Planning, réseau, papotage et lien social, j’avais articulé le tout avec la course à pied. Le run papotage le midi avec une copine qui s’entraîne ou avec mes collègues de travail pour sortir du cadre. Les mercredis avec mes copains du Sobhi Running Club pour décompresser et toujours papoter. La fierté dans les yeux de ma fille qui me voit et me dit « maman tu cours ». Tous mes échanges sur les réseaux avec mes copains virtuels mais si proche pour parler de nos bornes ou de la tronche de nos running. Les week end de course où on retrouve toujours les mêmes copains.

Et puis, une nenette en basket sans basket …. Impensable, qu’en serait-il de mon image de la jeune maman sportive qui gère super bien ??? (on rigole, je trouve ça pitoyable de l’avoir pensé mais je vous assure que sur le coup, ça m’a traversé l’esprit).

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Mademoiselle en basket sans basket, c’est un peu comme cendrillon sans sa pantoufle de verre ..

Gros manque. Isolement. Moins de lien social. C’est là qu’on se rend compte que le sport est un énorme vecteur de liens. 

C’est difficile d’assister aux événements, j’en aurais chialé à plusieurs reprises. C’était plus facile de dire que j’avais la flemme de me lever le dimanche.

Mais j’ai senti que c’était mieux ainsi.

Au dégoût

A un moment donné, on s’est oublié. J’ai pris de la distance avec tout ce qui touchait au sport. Je n’allais plus aux événements, j’évitais d’en parler. Tout ça pour ne pas avoir envie d’y aller et finir frustrée.

Et puis avec le temps, je suis devenue indifférente à tout ça. J’y ai même trouvé un soulagement.

Je comprenais que je m’infligeais un stress terrible les dimanches matins de course.

Je comprenais que je m’infligeais un stress terrible à essayer de caser mes running dans mon emploi du temps, au point de me négliger moi-même et ma famille.

Je comprenais que je m’infligeais un stress à essayer de me prouver ou prouver aux autres au travers de réseaux sociaux que j’étais toujours dans la course en mode Wonder Woman !!! Ne jamais partir sans ma montre connectée !!!! Aprés ma grossesse j’avais toujours cet objectif de regagner les 50 min au 10 kilomètres.

Je comprenais que j’étais un peu timbrée d’aller courir le matin très tôt les jours de canicule ou encore réussir à me motiver pour y aller sous la flotte.

Je comprenais que je culpabilisais à mort de partir courir plutôt que d’être chez moi avec ma famille.

C’est parfois ce qu’on appelle le Beurnes Out et Vincent Kermarec l’explique très bien dans son article paru en mars 2019.

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Mais à quel prix?

Et ça a été un soulagement de comprendre que j’agissais mal et que je ne me rendais pas service. La course à pied m’a dégoûté pendant des semaines. Encore mieux, je me trouvais plus de temps pour moi et pour ma louloute et je n’avais même plus de chausser mes running à tel point que je ne savais même plus où j’avais rangé mes Saucony, pire, quand je les ai retrouvé, elles étaient presque moisies (mdr).

Mais cela m’a permis d’avoir une autre vision de ma pratique et au final de me réconcilier avec la course à pied.

Une jolie conclusion

Je ne sais pas quand j’y retournerais. Mais j’ai énormément appris de cette période. J’ai toujours pensé que pour bien courir et faire des performances à notre niveau, il fallait plus de maturité et plus de mental et je pense que j’en ai manqué clairement. C’est indéniable. Ce qui est fait pour les autres n’est pas forcément fait pour vous.

Vouloir attendre le summum de la performance quand on a 20 ans et qu’on est libre de tout, ce n’est pas la même chanson quand on a 32 ans, un job stressant et qu’on est jeune maman.

Cette période m’a permis de comprendre qu’à ce stade même de ma vie, je n’étais pas prête à m’infliger la rudesse d’un sport comme la course à pied.

J’ai compris que je devais aborder les choses d’un autre manière. On avait beau dire que c’était pour le plaisir, faut quand même être maso pour trouver du plaisir dans la souffrance, pour trouver du plaisir à se prendre des sceaux d’eau dans la tronche pendant 45 minutes, ou encore à frôler le malaise en franchissant la ligne d’arrivée ou rester clouée au lit un dimanche après midi parce qu’on est cassé.

De toute façon, avec un petit bout de 2 ans qui est plein de vie, c’est juste impossible de récupérer tranquillement.

Maintenant que j’ai compris tout ça, ça me manque et j’ai hâte. Parce que je sais ce que je veux et comment je le veux.

Merci mon corps et merci la course à pied. A bientôt pour une nouvelle histoire d’amour entre nous 2.

 


Une réflexion sur “Course à pied : du manque au dégoût

  1. Bj Sarah.
    Pratiquant différents sports depuis mon jeune âge je comprends très bien tes propos. Le sport doit être un facteur de plaisir et d épanouissement. Depuis plusieurs années de nombreuses personnes se mettent au sport d une façon intensive. N ayant pas pratiqué d activité physique pendant leur jeunesse leur corps ne s est pas habitué à temps d effort. Dans quelques années leur corps dira stop : tendinite, fatigue, pb articulaire, pb musculaire, etc. Le sport est nécessaire pour son bien-être mais chaque personne doit trouver son équilibre par la pratique de différentes activités d une façon mesurée et par rapport à ses antécédents. Ca va le faire pour toi petit à petit. Cordialement

    J'aime

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